Un jour de Novembre
Il est tôt. Les rayons du soleil n'ont pas encore atteins le fond de ma chambre. Je ne me suis jamais levé à cette heure-ci. Pourtant, aujourd'hui je l'ai fait. Pour elle. Debout devant le miroir je réajuste une énième fois ma cravate. J'ai l'impression qu'elle n'est jamais droite. Avant, c'était toujours elle qui me la faisait. Elle avait beau m'apprendre, je l'appelais à chaque fois. Dans un soupire cette sensation me revient. J'aurai toujours besoin d'elle. Et encore plus maintenant.
Alors que je retire ma cravate pour la jeter sur le lit, la porte de ma chambre grince. Je ne me retourne pas. Parce que je sais que ce n'est pas elle. Une main emplie de tendresse se pose sur mon épaule. Ce contact m'apaise quelque peu. Sarah, ma tutrice se tient derrière moi. Je sens son regard compatissant m'entourer d'une chaleur maternelle. D'une chaleur que je n'ai jamais connu auparavant. Je n'ai pas envie de parler, et elle le comprend. Alors elle prend délicatement la cravate que j'ai jeté quelques minutes auparavant et me l'ajuste,m'offrant au passage, un doux sourire. Elle se met ensuite sur la pointe des pieds pour déposer un léger baiser sur ma joue. Je ne bouge pas, comme anesthésié. Lorsqu'elle quitte ma chambre, je me retourne et regarde la photo encadrée, posée sur ma table de nuit.Nos sourires étaient vrais. Notre amour était pur. Je caresse une dernière fois la photo et fini par la poser sur la table de manière à ne plus la voir. C'est beaucoup trop difficile.
À l'église, sa famille est déjà là. En pleurs, ils se prennent tous dans les bras. Moi,je reste à l'écart. Plusieurs camarades de classe viennent me présenter leurs condoléances, je les écoute à peine. D'ailleurs,je n'en connais même pas la moitié. Après plusieurs longues minutes, j'entre dans la chapelle, suivi de près par ma famille d'accueil. De nombreuses personnes sont là, pleurant une jeune femme qu'ils n'ont que très peu connu personnellement. Elle me l'avait souvent avoué. Sa famille était populaire, alors tout le monde savait qui elle était. Mais elle, elle s'en fichait pas mal.
Lorsque la musique retentit, mon cœur se serre et je ferme les yeux. Il m'est impossible de me retourner. Sarah glisse sa main frêle et ridée dans la mienne. Je ne la remercierai jamais assez pour tout ce soutien qu'elle m'apporte depuis mon arrivée chez elle. Alors que le prêtre se met à parler en nous demandant de nous asseoir, je peine à ouvrir les yeux. Sa photo est là, posée sur un cercueil bordé d'or et toute la cérémonie, je l'admire, retenant mes larmes comme je le peux. Je resserre la main de ma tutrice qui caresse ma peau de son pouce, essayant tant bien que mal d'apaiser ma tristesse. À tour de rôle, sa famille passe devant le micro, remémorant leurs meilleurs souvenirs avec elle. Je n'en connais aucun des leurs et à de nombreuses reprises je rêve de prendre leur place et de leur crier qu'elle n'était pas heureuse avec eux. Que tous ses meilleurs souvenirs étaient avec moi mais je garde mon calme. Elle ne voudrait pas ça.
Après la cérémonie,seule la famille l'accompagne. Moi, je n'ai pas le droit. Mais qui suis-je si je ne suis pas de sa famille ? Depuis l'annonce de sa mort, je n'ai pas réussi à pleurer. Sans doute parce que les dix heures après son dernier souffle je n'ai pas arrêter. Sarah toujours près de moi, j'attends, une rose noire à la main,tremblant. Plus de trente minutes plus tard, je pénètre enfin dans le cimetière. Je ne me sens pas à l'aise du tout. Au loin, je l'aperçoit, l'odeur de la terre fraîchement remuée arrive à mes narines. Ses parents et sa sœur sont là aussi. J'hésite quelques minutes, mais poussé par ma tutrice, j'avance lentement, la tête baissée. Lorsque je pose ma rose près de sa photo, je ressens la haine et la colère de ses parents à mon égard. Je me relève doucement sans quitter la photo des yeux. Mon regard s'embrume alors que j'entends sa mère crier entre deux sanglots.
« -Tu as tué ma fille, tu as tué Théa ! »

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Brisé
Teen FictionAlex est un adolescent ballotté de famille en famille et qui accumule les problèmes. Aujourd'hui il débarque dans une autre ville, un autre foyer. Mais sera-t-il différent? Changera-t-il son comportement? Sa nouvelle camarade, Théa, saura peut-êtr...